Le squelette dans mon placard

Tic tac. Je n’entends que le bruit de l’horloge. Tic tac. C’est reposant. Tic tac. Doucement, le bruit s’estompe, me voilà perdue dans mes pensées. Il est étonnant, comme quelques heures peuvent changer une vie, une personne, un futur. Il est étonnant, comme quelques minutes peuvent déterminer une myriade de croyances et de blocages…

Tu sais, tout le monde a ses squelettes dans le placard. Et il suffit parfois d’un simple mot anodin pour qu’on puisse en reconstituer son vivant. Et puis, il y a des personnes qui innovent avec un ou tous leurs squelettes. Un sac pour transporter nos projets, une décoration vestimentaire ou capillaire, ou encore un outil pour manger. Un squelette qui sert.

Je ne t’ai jamais dit pourquoi je faisais ce que je fais. Pourquoi je voulais permettre aux femmes de casser les codes, d’oser devenir des bulldozers capables de tout. Parce que j’ai été comme elles, tout simplement, et que je me souviens de ce que cela fait. Mal. Très mal.

Mais tu n’as pas à te sentir responsable, si tu es dans cette situation. Car tu as été formatée. On l’a toutes été. Que ce soit par l’école, la société, la télévision, internet, notre éducation. Tout est fait pour nous formater.

Et puis, tu as les évènements douloureux, ceux qu’on espère qui n’arriveront jamais à nos enfants. Ca a été mon squelette dans le placard. Et il a la forme de celle que j’ai été : une petite fille de même pas 8 ans, à qui on a promis de faire d’elle une “grande fille”.

La petite fille est restée au placard, le fantôme a pris place dans la réalité. Un fantôme branché sur le mode “pilote automatique”, un fantôme qui voulait être invisible. Et derrière la porte du placard, la petite fille est restée silencieuse, se réfugiant dans son imaginaire puisque la réalité était trop dangereuse. Elle ne remarquait pas qu’elle grandissait, le temps faisant son âge. Non, rester cachée, rester invisible, était bien plus important que de profiter des moments. Car lorsque l’on est caché, invisible, on est en sécurité.

J’ai été cette petite fille, et j’ai été ce fantôme. Aujourd’hui, les deux ont fusionné. Ensemble, ils sont devenus une femme. Une femme qui comprend, qui s’accepte (la majeure partie du temps), et qui a pris le temps de transformer son squelette dans le placard en merveilleux stylo, que j’utilise aujourd’hui pour te conter ce pan de ma vie.

Il ne faut pas croire que cela a été facile. J’ai vômi le dégoût que j’avais pour moi-même pendant une dizaine de jours. J’ai eu cette croyance que je ne pouvais pas en parler, ni même parler tout court, pendant des années. J’ai cru que j’étais sale. J’ai cru que c’était de ma faute. J’ai cru que je ne méritais pas le bonheur. J’ai cru que je ne méritais pas l’amour. J’ai cru trop de choses négatives simplement parce j’ai cru un adulte qui avait voulu faire de moi une “grande fille” alors que je n’avais même pas 8 ans. A cet âge, on croit ce que les adultes nous disent. Et il m’avait dit que c’était de ma faute, que j’étais une petite fille très sale, que personne ne m’aimerait à cause de cela, et surtout, que personne ne me croirait jamais si j’en parlais.

Il m’aura fallu 20 ans de souffrance pour prendre la décision de me défaire de ces quelques minutes. Et depuis lors, depuis ce 25 novembre 2019 c’est une Alicia en changement que tu as devant toi. Prépare-toi, car le bulldozer, c’est moi. Et je vais t’épater.

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